CINQ PLATS INCONTOURNABLES DU PORTUGAL

Category: ,

Aux Explorateurs culinaires ce mois-ci, on s’assume pleinement avec un premier reportage « exploratoire », qui met le cap sur le Portugal, ce merveilleux pays reconnu, entre autres, pour le fado, Ronaldo, sa chaleur et ses explorateurs (on est « concept » ou on ne l’est pas). En effet, pour souligner la journée de la libération du Portugal qui avait lieu le 25 avril — et surtout pour profiter du fait que notre intrépide collaboratrice et amie de longue date, Julie Coderre, est allée récemment visiter ce merveilleux pays pour y goûter tout ce qui s’y faisait de bon — on vous propose donc cinq plats incontournables du Portugal qui, comme elle le dit si bien, « sont simples en apparence, mais redoutables en réalité».

(Avant de passer la parole à Julie, une petite parenthèse végée : bien que les plats qu’on vous propose contiennent très peu de viande rouge, nous sommes parfaitement conscients que le poisson est une option végétarienne aussi légitime que les chips sont des légumes. Mais ceci étant dit, on peut difficilement passer à côté de la riche tradition culinaire d’un pays comme le Portugal sans parler de poisson.  Après tout, le nom même du pays nous vient de Portus Calle, qui veut dire « le port de Cale », qui était une petite zone habitée près de l’actuelle ville de Porto, à l’époque des Romains. Bref, même si nous savons pertinemment qu’une alimentation à base de plantes demeure LA meilleure option pour notre santé et bien-être, on aime aussi se rappeler qu’il est important de ne pas revirer fou avec cela. Et encore moins quand on est en voyage pour justement y découvrir la culture culinaire d’un autre pays. Fin de la parenthèse.) 

5 PLATS INCONTOURNABLES DU PORTUGAL

1. Bacalhau :
le poisson national…importé

Le Portugal voue un véritable culte à la morue (bacalhau). Petit détail : il n’y en a pas dans ses eaux. Eh oui : LE plat le plus emblématique du pays est basé sur un poisson… importé de l’Atlantique Nord. Ironique, mais historiquement très logique.

Adoptée à l’époque des grandes explorations, la morue salée avait un avantage décisif : elle survivait mieux que les marins en mer. Aujourd’hui encore, on la dessale, on la cuisine, et on la décline à l’infini. Au Portugal, commander de la morue en espérant un filet fondant (telle la personne qui écrit ces lignes…), c’est un peu se tromper de pays : ici, la morue est presque toujours salée et séchée avant d’être cuisinée — une tradition qui privilégie le goût et la texture feuilletée, loin du moelleux d’une morue fraîche islandaise. Mais tout aussi savoureux.

Quant aux croquettes de morue, elles contiennent souvent plus de pommes de terre que de poisson. Et non, ce n’est pas une arnaque : c’est ce qui leur donne leur texture parfaite. Comme quoi, dans l’assiette comme dans la vie, moins de morue peut parfois être une bonne chose.

Parmi les plats de morue typiques, le bacalhau à Brás : le chaos parfaitement contrôlé.  À première vue, ce plat ressemble à un joyeux mélange improvisé : morue salée effilochée, pommes de terre allumettes, œufs brouillés. Rien de très impressionnant… jusqu’à ce que vous essayiez de le refaire. Parce que le bacalhau à Brás, c’est une question de timing. Les œufs doivent être juste assez cuits pour enrober le tout, sans transformer l’assiette en omelette sèche. Trop cuits ? Ruiné. Pas assez ? Texture bizarre qui donne l’impression que tout cela a déjà été mangé une fois. Bref, un plat simple… qui exige de ne pas faire n’importe quoi.

2.Amêijoas à Bulhão Pato : la preuve que trop en faire, c’est inutile

Des palourdes, de l’ail, beaucoup d’huile d’olive, de la coriandre. C’est tout. Et c’est parfait. Ce plat porte le nom d’un poète du XIXe siècle, ce qui est déjà un bon indice : on est dans quelque chose de raffiné, mais sans prétention. Ici, pas de crème, pas de twist moderne inutile. Juste des ingrédients qui font le travail. Et surtout, du pain. Beaucoup de pain. Parce qu’au final, tout ça n’est qu’un prétexte parfaitement acceptable pour ne rien laisser au fond de l’assiette.

3.Sardines : oubliez les bonnes manières 

Au Portugal, les sardines ne sont pas dressées avec des pincettes. Elles sont grillées entières, salées, parfois un peu brûlées, et servies sans cérémonie. On les mange avec les mains, souvent sur une tranche de pain, en pleine rue. Vous êtes à la recherche d’une expérience gastronomique sophistiquée ? Passez votre tour. Vous voulez comprendre le goût du feu et du produit brut ? Vous êtes au bon endroit. Et oui, la peau noire et grillée fait partie du plaisir. Ce n’est pas raté. C’est voulu.

Dans une ruelle de Porto, on prépare le feu pour faire griller les sardines lors de la fête de la Saint-Jean (São João).

Mangé à Lisbonne : un fish and chips version sardine (et, oui, les sardines sont entières).

4.Caldo verde : humble, mais intouchable 

Sur papier, c’est une soupe : pommes de terre, chou, chorizo. Rien de révolutionnaire. Mais comme souvent au Portugal, tout est dans le détail. Le chou est coupé ultra finement, la texture est soignée, et le résultat est à la fois simple et profondément réconfortant. C’est le genre de plat qu’on sert tard le soir, dans les fêtes, sans prétention. Et qui fonctionne à chaque fois. (Dans la photo, notre chef vous en propose même une version avec du tofu fumé, au cas.)

5. Pastéis de nata : un dessert né d’un problème de lessive 

Les célèbres pastéis de nata ont été inventés dans un monastère. Pas par gourmandise, mais par logique : les blancs d’œufs servaient à amidonner les vêtements, alors il fallait bien utiliser les jaunes. Résultat : une des meilleures idées culinaires de l’histoire. Aujourd’hui, leur surface caramélisée (presque brûlée) est une signature. Si votre pastel est pâle, il y a un problème. Et si vous n’en mangez qu’un… c’est que vous êtes vraiment trop raisonnable.

Derrière ces classiques, il y a une constante : une cuisine née de contraintes (conservation, pauvreté, mer), un respect du produit de base et de la cuisson, et zéro tolérance pour les artifices inutiles. Autrement dit : une cuisine sans prétention qui n’essaie pas d’impressionner… mais qui y arrive quand même ! 

Textes et photos (sauf une) : Julie Coderre / Publié le 10/05/2026

L’UNIVERS PARALLÈLE DES PHYTONUTRIMENTS

Category:

L’UNIVERS PARALLÈLE DES PHYTONUTRIMENTS  

Il y a quelques consignes parentales qui nous hantent depuis l’enfance. Vous savez, ces perles de sagesse éternelles qu’on nous répétait sans cesse quand nous étions petits et qui se sont accrochées à nous comme une teigne tenace : « Tiens-toi droit », « Brosse-toi les dents », ou encore, le classique : « Mange tes fruits et légumes. »
Si les deux premières directives semblent assez évidentes — à moins de vouloir terminer ses jours en sonnant les cloches à Notre-Dame —, la dernière a toujours été acceptée… sans jamais vraiment être expliquée.
Après tout, on nous disait aussi de boire beaucoup de lait, que la viande était essentielle et que le déjeuner était le repas le plus important de la journée; tous des conseils nutritionnels qui, avec le recul, n’étaient pas exactement fondés ni même soutenus par la science.
Alors, la question se pose : qu’est-ce qui rend les fruits et les légumes si bons pour la santé, exactement ?

Aux Explorateurs culinaires, ce mois-ci, on a de la grande visite pour se pencher sur le sujet : une entrevue avec le Dr Jed Fahey, un biochimiste nutritionnel reconnu pour ses recherches sur les composés d’origine végétale qui activent les systèmes de protection de l’organisme. En plus de posséder une vaste expérience en nutrition végétale et en phytochimie, il a été professeur à la Johns Hopkins Medical School — rien de moins — où il a dirigé le Cullman Chemoprotection Center, un centre de recherche de pointe qui explore comment des composés alimentaires naturels peuvent protéger l’organisme et prévenir les maladies. Aujourd’hui, il agit comme conseiller auprès de nombreuses entreprises spécialisées dans le domaine de la nutrition, notamment Brightseed, ainsi que de plusieurs autre compagnies comme Kuli Kuli, FoodNerd, PhytoSmart, Brassica Protection Products et The Sprouting Company.

1. LES PHYTONUTRIMENTS SONT LA MATIÈRE NOIRE DE L’ALIMENTATION 

Dans l’univers hyper organisé de la nutrition, tout est soigneusement classé en cinq catégories que l’on retrouve facilement sur les étiquettes alimentaires : les protéines, les gras, les glucides, les vitamines et les minéraux. Ce sont les éléments essentiels que nous avons choisis de mettre de l’avant sur les produits et que nous analysons avant de décider quelle boîte de céréales finira dans notre panier d’épicerie. Cependant, le règne végétal nous donne accès à un univers parallèle unique, qui a tendance à passer sous le radar; il s’agit d’un vaste groupe de molécules que vous ne trouverez malheureusement pas mentionnées sur les étiquettes alimentaires courantes.

Un peu comme la flore lumineuse qui s’anime la nuit dans les forêts de Pandora dans le film Avatar, les phytonutriments sont des molécules dotées de pouvoirs cachés et insoupçonnés que nous commençons à peine à comprendre — et ils sont extrêmement bénéfiques pour notre santé. (Le terme nous vient du grec « phyto » qui veut dire « plante ».)

En fait, ces molécules sont si omniprésentes dans les fruits, légumes, légumineuses, noix et céréales que le Dr Fahey les qualifie de « matière noire » de la nutrition.

« Lorsque vous regardez les étoiles dans le ciel nocturne, vous en voyez des centaines, même des milliers, mais nous savons tous, si on a lu un peu sur l’astronomie, qu’il existe dans l’univers toute cette matière noire que nous ne pouvons pas voir, explique Fahey. Et c’est un peu la même chose que nous commençons à comprendre à propos des phytonutriments. »

Mais pour Fahey, les bienfaits remarquables des plantes ne sont ni une coïncidence ni une surprise : « Nous avons évolué avec les plantes, et si vous les éliminez, vous perdez énormément d’options — que ce soit à l’échelle mondiale ou à l’échelle personnelle. Vous perdez une foule de bénéfices potentiels. »

2. LES PLANTES ONT DÉVELOPPÉ DES SUPER POUVOIRS 

Avant de plonger dans le sujet, un peu de contexte et de biologie (mais pas trop, promis) : l’évolution a donné naissance à des formes de vie et à des modes d’existence parfois étonnants. Il y a eu, par exemple, l’ère des dinosaures, des insectes géants et, plus récemment, l’époque des coiffures plutôt troublantes des années 80.

Mais tout comme le cou de la girafe a dû s’allonger pour lui permettre de survivre — ou, plus précisément, les girafes au cou long qui pouvaient atteindre les plantes plus hautes pour se nourrir ont survécu pour transmettre ce gène —, les plantes ont elles aussi développé des mutations similaires afin de survivre et de se multiplier.

Parce qu’on se rappelle que les animaux, face à un danger imminent, ont trois options claires qui se présentent à eux : fuir, lutter ou figer. (L’humain, on le sait, peut aussi choisir de procrastiner, d’argumenter, de faire semblant que tout va bien, ou de fabuler en croyant qu’on a vraiment besoin d’un troisième lien. Par exemple.)

Mais la plante, elle, reste essentiellement plantée là, quoi qu’il arrive autour d’elle. Pour compenser, elle a donc développé des mécanismes de survie carrément incroyables. En commençant par la photosynthèse, qui est le processus par lequel elle se nourrit : captant le gaz carbonique (ou CO2, pour les bols qui gardent le pointage sur leur tableau périodique à la maison), le combinant avec l’eau qu’elle aspire lentement par ses racines, puis mélangeant le tout avec la lumière qu’elle absorbe en se prélassant au soleil afin de produire le glucose dont elle a besoin pour vivre.

Comme si cela n’était pas déjà spectaculaire, la plante rejette également de l’oxygène frais dans l’atmosphère, faisant de ce processus le fondement même de la chaîne alimentaire et, littéralement, la base de toute la vie sur la planète, qu’on semble prendre plaisir à détruire constamment.

Mais il y a plus.

Comme tous ceux qui ont passé trop de temps sur une plage le savent, un état végétatif prolongé sous un soleil intense comporte aussi son lot de défis (surtout à Cuba).

Dans le cas des plantes, puisqu’elles dépendent entièrement de la lumière du soleil et qu’elles n’ont évidemment pas accès à une crème solaire « U80 au zinc » pour une protection supplémentaire, elles ont créé leurs propres mécanismes de défense, grâce à des molécules capables de, par exemple, les protéger des rayons ultraviolets. Ou encore de repousser une armée de fourmis affamées qui les attaquent subrepticement. Et c’est ici qu’entrent en scène les phytonutriments.

3. LES PHYTONUTRIMENTS SONT DES AGENTS FACILITATEURS ET PROTECTEURS 

Un peu comme l’exercice physique impose un stress à votre corps et le pousse à s’adapter et à se réparer pour devenir plus fort, ces molécules agissent comme des agents facilitateurs et stimulateurs de notre système immunitaire, avec des effets antioxydants et anti-inflammatoires assez incroyables.

Comme l’explique le Dr Fahey : « Lorsque l’organisme doit répondre à une maladie ou lorsqu’il y a coagulation du sang après une coupure, tout cela implique des molécules de signalisation qui disent : “Oups, quelque chose s’est produit, il faut s’en occuper.” Et ces signaux peuvent être amplifiés par différents facteurs, dont les phytonutriments. »

Ces substances aideraient donc notre métabolisme à tout simplement être plus efficace dans toutes ses fonctions journalières. Ou elles provoquent un stress bénéfique lorsque nous les consommons, entraînant notre corps à mieux se préparer à combattre un éventuel virus ou une bactérie. Est-ce qu’on peut vivre sans phytonutriments ?

« Je ne dirais pas que les phytonutriments sont la solution à tout, mais lorsqu’il s’agit de réguler l’ensemble des processus métaboliques de notre corps, ils jouent un rôle énorme. »

Comme le rappelle le docteur, cela expliquerait, notamment, pourquoi les gens qui habitent les Blue Zones, qui consomment majoritairement un régime à base de plantes, ont la plus forte concentration de centenaires sur la planète. Et aussi pourquoi une alimentation riche en fruits et légumes variés contribuerait à améliorer notre microbiome, qui joue un rôle essentiel dans notre santé.

« Sans phytonutriments, je suis sûr que votre qualité de vie en souffrirait. Vous pourriez survivre, mais la question est : à quel point la vie serait-elle agréable ? »

Car on retrouve, dans les phytonutriments, un véritable arsenal coloré pour améliorer notre santé.

4. LES PHYTONUTRIMENTS SONT CLASSÉS PAR FAMILLE ET SONT TRÈS COLORÉS 

La liste des phytonutriments est si diversifiée — le nombre estimé va de 50 000 à peut-être plusieurs millions, selon Fahey — qu’ils sont classés en familles distinctes et en sous-classes. Et comme dans chaque famille, il y a des vedettes et des « personnages ». Mais contrairement à nos réunions familiales qui dégénèrent trop souvent en psychodrames, il n’y a pas de chicane entre ces grandes familles. (Et il n’y a pas de cousin qu’on garde enfermé dans le sous-sol ou de mononcle tripoteux.) Cela dit, les familles de ces molécules ont quand même des noms étranges qui peuvent toutefois vous permettre d’aller chercher des points intéressants au Scrabble. Mais pour garder cela simple, et pour s’orienter, on peut simplement viser une consommation de légumes en misant sur leurs couleurs vives.

Quelques exemples :

  • Dans la famille des caroténoïdes — qui sont orange ou rouge —, on retrouve par exemple le lycopène, qui est un phytonutriment associé à un risque plus faible de cancer de la prostate. On le trouve principalement dans les tomates et son pouvoir anticancéreux serait décuplé quand la tomate est cuite. De plus, le corps semble mieux l’absorber avec du gras, prouvant que les Italiens avaient vu juste avec leur sauce marinara.
  • Dans la même famille, on retrouve le bêta-carotène, grande vedette que tout le monde connaît, qui est une sorte de précurseur à la vitamine A qu’on retrouve notamment dans la patate douce ou dans les carottes. Il protège la vue et explique hors de tout doute pourquoi les lapins n'ont pas de lunettes (insérer son de tambour ici).
  • Dans la famille des polyphénols, on retrouve notamment les flavonoïdes et le sous-groupe des anthocyanines – une façon un peu fendante de parler des myrtilles et des petites baies –, particulièrement bénéfiques pour la santé du cerveau. Par exemple, une étude a démontré qu’une consommation régulière de fraises était associée à une réduction de 34 % du risque de démence de type Alzheimer, ce qui est assez renversant, merci. Et on ne vous parle pas de la magie des bleuets. OK, on vous en parle ici.
  • Puis il y a tous les bienfaits du vert de la famille des glucosinolates, ce qui explique pourquoi les légumes crucifères comme le chou sont associés à une réduction du risque de cancer. À ce sujet, le Dr Fahey a passé de longues années à étudier une molécule en particulier, le sulforaphane, qu’on retrouve dans le brocoli et surtout dans les pousses de brocoli, et il est catégorique sur ses bienfaits : « À ce jour, il demeure le composé antioxydant naturel de détoxication le plus puissant — ou phytonutriment — que l’on ait découvert. Il agit de façon coordonnée sur de nombreuses voies de régulation. »

Avec tous ces incroyables superpouvoirs à notre portée, comment expliquer que la planète succombe à un taux d’obésité de plus en plus élevé et à un fléau de maladies chroniques ? On laisse le Dr Fahey nous livrer sa théorie, mot pour mot :

5. NOUS AVONS ÉTÉ ENVAHIS PAR LES ALIMENTS ULTRA-TRANSFORMÉS

« Nous avons été envahis, instrumentalisés par les aliments transformés, et à bien des égards par les aliments ultra-transformés. Vous et moi ne mangeons peut-être pas des Cheetos, des Doritos ou ne buvons pas de Coke tous les jours, mais la majorité des Américains le font. Ces aliments ultra-transformés sont tellement dépourvus de nutriments de base — à part des calories vides, des glucides — que, dans presque tous les cas, les phytonutriments ont été éliminés lors du processus de transformation. Ils ont disparu. Alors pourquoi les grandes entreprises alimentaires voudraient-elles parler des phytonutriments ? Elles ne le veulent pas.

Il existe un large consensus selon lequel il y a une corrélation entre la consommation d’aliments ultra-transformés dans l’alimentation occidentale et l’augmentation de nombreuses maladies chroniques, qui détériorent la qualité de vie. La corrélation est claire. Est-ce une causalité ? On continue d’en débattre. Mais de nombreuses études soutiennent fortement qu’il existe bel et bien un lien de causalité. »

EN TERMINANT 

Que ce soit au Québec, au Canada, en Amérique du Nord ou même à l’échelle mondiale, l’état actuel de notre santé collective a de quoi faire flasher toutes les lumières au rouge et sonner une alarme de niveau DEFCON 5.

Rappelons que 65 % de la population du Canada est obèse ou souffre d’embonpoint. Pour ceux qui aiment les chiffres simples, c’est presque deux personnes sur trois.

Ajoutons à cela que les aliments ultra-transformés comptent pour environ 43 % de l’alimentation des Québécois, ce qui veut dire que, règle générale, presqu'une fois sur deux, on ne mange pas de la vraie bouffe, mais plutôt du poison. Car, face à l’épidémie de diabète, d’obésité, de haute pression, de maladies du foie graset de cancers qui nous submerge, il va falloir, à un moment donné, appeler les choses par leur vrai nom. Et pour ceux qui argumentent encore que manger ces cochonneries « une fois de temps en temps » ne fait pas de mal, deux choses : premièrement, ces produits ont été façonnés pour ne pas pouvoir en manger justement « de temps en temps ».

Comme nous avait déclaré le journaliste du New York Times Michael Moss en entrevue après son livre Hooked sur la dépendance causée par les produits ultra-transformés: « Je suis absolument convaincu qu’à certains égards, leurs produits sont encore plus puissants que les cigarettes, l’alcool et l’héroïne dans la mesure où ils utilisent notre propre biologie contre nous pour détruire notre volonté et notre capacité de prendre de bonnes décisions. » Quand on sait que Nestlé et PepsiCo ont généré des revenus de près de 200 milliards à eux deux en 2024 — soit presque l’équivalent du produit national brut de la Grèce —, on saisit un peu l’ampleur du problème et l’urgence de la situation. Et deuxièmement, posons-nous la question : est-ce qu’on accepterait que nos enfants fument des cigarettes « une fois de temps en temps » ?

Comme le note le Dr Fahey, à la fin de notre entrevue, concernant la suite des choses : « Ce que je crains, c’est que, dans un avenir assez proche, la crise de santé et la crise des soins de santé finissent par faire imploser le système, et que nous nous retrouvions dans un monde différent. »

Pourtant, la solution est fort simple, et commence avec les choix alimentaires qu’on fait au quotidien. En misant majoritairement sur les plantes. On a juste à écouter le docteur :

« Peu importe les phytonutriments que vous consommez, mangez simplement plus de fruits et de légumes et moins d’aliments ultra-transformés. Prenez un peu plus soin de vous. »

(Publié le 13/04/2026)
Textes et recherches : Stephane Banfi

5 PRODUITS DE CHEZ NOUS QU’ON DEVRAIT AVOIR CHEZ NOUS. TOUT LE TEMPS.

Category: ,

5 PRODUITS DE CHEZ NOUS QU’ON DEVRAIT AVOIR CHEZ NOUS. TOUT LE TEMPS.

Aux Explorateurs culinaires ce mois-ci, on profite de la Saint-Valentin qui vient tout juste de passer et du flot incessant d’absurdités qui se passent chez nos voisins du Sud pour se recroqueviller sur nous-mêmes et faire appel à notre fibre patriotique – ce qui tombe bien, car justement il appert que nous ne consommons vraiment pas assez de fibres. Avec notre chef Patrice Gosselin, on vous propose donc une petite introspection culinaire qui vise à promouvoir des aliments que nous aimons, que nous admirons et qui sont faits ici. Voici donc cinq produits de chez nous qu’on doit absolument avoir à la maison en tout temps.

LE SIROP D’ÉRABLE 

On va commencer par se dire les vraies affaires : chaque maison, condo, duplex, appartement, cabane ou hutte au Québec devrait avoir sa réserve de sirop d’érable.Point final. Comme le dit si bien notre chef Patrice Gosselin : « Oui, dans un repas de cabane à sucre, on en verse généreusement partout, mais on devrait le faire au quotidien chez nous ! »

En effet, utiliser du sucre quand on peut compter sur un nectar de chez nous aussi fabuleux frise presque la haute trahison. Surtout quand on sait que sur 1,4 million de tonnes de sucre raffiné produit au Canada chaque année, environ 92 % provient de sucre de canne brut importé en vrac d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale.

Donc, en plus de le considérer comme une richesse locale, notre chef le juge carrément indispensable en cuisine, pour son goût, oui, mais aussi pour sa polyvalence.

« Il se prête aussi bien à la confection de desserts qu’à l’accompagnement de vos déjeuners préférés : crêpes, pain doré, brioches, pain perdu ou tout autre plat de votre choix. Je l’utilise également tel un sauveteur pour ajuster et rehausser mes sauces et vinaigrettes. »

Mais soyons clairs : qu’il soit un choix culinaire ou patriotique, n’oublions pas que, malgré sa belle robe ambrée et envoûtante, le sirop d’érable demeure quand même composé de 2/3 de sucrose. Mais où il se distingue vis-à-vis du sucre ordinaire est dans la balance du 33,3%, où l’on retrouve des minéraux, vitamines, ainsi qu’une trolée d’antioxydants et de polyphénols.

À ce sujet, une récente étude de l’Université Laval publiée dans The Journal of Nutrition concluait que « remplacer une partie du sucre raffiné que nous consommons par du sirop d'érable aurait des effets positifs sur certains facteurs de risque associés à la santé cardiométabolique. »

« Donc, n’hésitez pas à employer cet élixir naturel pour sucrer votre café, thé, tisane ou tout autre breuvage, de renchérir notre chef. Dans vos recettes salées sucrées. Dans vos sautés asiatiques. Ou on peut s’en enduire partout sur le corps les nuits de pleine lune. C’est à votre discrétion. Vraiment.»

Suggestion de notre chef : Sirop de la Cabane du Picbois

L’HUILE DE TOURNESOL 

Bon, on ne vous dit pas de complètement délaisser l’huile d’olive qui, on le sait, à des propriétés exceptionnelles tant au niveau de la santé que sur le plan gustatif.

« Mais au lieu d’utiliser une huile industrielle ou fade pour la cuisine de tous les jours, pourquoi ne pas miser sur un autre excellent produit de chez nous ? », se questionne notre chef.

Et en plus, l’huile de tournesol comporte quand même plusieurs avantages non négligeables. C’est une source importante de vitamine E, qui, pour ceux qui gardent le pointage à la maison, est un antioxydant puissant qui protège les cellules contre le stress oxydatif (et on sait pertinemment qu'on a tous un peu trop de stress oxydatif dans nos vies ces temps-ci).

Dans le concret, la vitamine E nous aide notamment à protéger notre peau des dommages causés par les rayonnements ultraviolets. Et l'huile de tournesol est aussi riche en acides gras insaturés qui peuvent aider à réduire votre taux de «mauvais cholestérol» et donc, serait un gros «plus» pour votre cœur.

« C’est aussi une huile assez neutre qui, en plus, résiste bien aux hautes températures, explique notre chef. Un peu comme moi dans un bain sauna finalement. »

Suggestion de notre chef : Huile de tournesol Arôme des champs

LA FLEUR D’AIL 

On ne peut vraiment pas assez vanter les mérites de l’ail : en plus d’être antibactérien, décongestionnant et même un expectorant naturel — comme certains humoristes, d’ailleurs — des études démontrent qu’il peut réduire la pression artérielle, le cholestérol et l’inflammation.

Mais plus que tout, si jamais vous avez eu la chance de planter de l’ail chez vous, il a cette fabuleuse qualité de vous faire croire ENFIN à la fin de l’hiver, car ses tiges verdoyantes sont souvent les premières à vaillamment percer le sol encore enneigé au mois de mars.

Il est donc assez étonnant qu’une plante aussi coriace et déterminée soit capable d’engendrer une fleur à la fois fine et délicate au goût.

« Contrairement à la gousse d’ail, la fleur d’ail possède un goût plus doux, différent, mais quand même très agréable, explique notre chef.  Je l’utilise pour mes sauces, vinaigrettes ou tout autre préparation à l’ail lorsque je me sens paresseux et pressé. Car cela peut arriver. Puisque je vous le dis. »

Si vous avez accès à des fleurs d’ail fraîches dans votre jardin, un rappel : il faut absolument les décapiter afin d'éviter qu’elles durcissent ou qu’elles prennent trop d’envergure.  Cela permettra au plant de se concentrer sur l’autre extrémité, prouvant que des fois, il est bon de perdre la tête pour mieux prendre son pied (ou quelque chose comme ça). Vous pouvez ensuite les mettre dans un robot culinaire avec de l’huile d’olive, un peu de sel, des noix de pin et ajuster la texture à votre goût, en dosant l’huile. Puis, vous n’avez qu’à transvider le pesto dans des petits pots Mason, couvrir d’huile et les garder au frigo.

« Comme une fidèle amie sur laquelle on peut toujours compter, la fleur d’ail est toujours là, dans mon frigo », assure notre chef.

Et du coup, on peut également compter sur ses bienfaits, car la fleur d’ail contient aussi des antioxydants, améliore la circulation, renforce notre système immunitaire.

Comme quoi la nature fait vraiment bien les choses.

Des fois.

Suggestion de notre chef : Fleur d’ail le Petit Mas

FLOCONS OU FLEUR DE SEL

Notre chef l’avoue d’emblée : « C’est l’assaisonnement frais chié par excellence. On peut la faire tomber au ralenti sur tous nos plats. Mais sérieusement, c’est un très beau produit à toujours avoir dans son garde-manger.»

Parce qu’un peu comme tout dans notre monde de plus en plus hiérarchisé et polarisé, vous ne serez certes pas surpris d’apprendre que tous les sels ne sont pas vraiment égaux.

On s’explique.

Dans le monde merveilleux des minéraux, rien n’est réellement plus simple et essentiel que le sel. Que cela soit dans notre corps ou notre piscine, sur notre table ou notre driveway, on en a besoin partout. Et en grande quantité, comme en témoignent les 10 millions de tonnes qu’on a produites au Canada en 2024.

Conséquemment, celui qu’on retrouve sur nos tables est soumis à un processus industriel effroyable, qui implique, entre autres, une flotte interminable de souffleuses et de remorqueuses et des excavations souterraines surréalistes dans des mines de l’Ontario profond.

Ou si on y va en mode marin, on a recours à du pompage industriel d’eau de mer sur une côte perdue, à travers un labyrinthe d’énormes tuyaux, supervisés par une armée de « contrôleurs » vêtus d’uniformes quasi militaires avec, on soupçonne, un chauve avec un œil de verre qui flatte un chat à longs poils dans ses bras en supervisant le tout, avec un sourire sadique.

Mais le sel peut être produit autrement, de façon plus naturelle, avec, par exemple, des marais salants et un peu de vent au bon moment, pour ensuite recueillir ces beaux cristaux fins qui se forment en surface, qu’on appelle fleur de sel.

Ou on peut l’extraire de la mer à plus petite échelle, à la main, comme on le fait désormais au Québec, de la Gaspésie à la Haute-Côte-Nord, pour obtenir un sel supérieur.

« Le sel fin, on s’en sert lors de la cuisson des aliments, mais les flocons ou la fleur de sel, on s’en sert surtout en finition, explique notre chef. Il ajoute de la texture et un goût de sel doux et enivrant. Bon, j'exagère un peu avec ‘enivrant’, mais essayez-le ! »

Suggestion de notre chef : Sel Saint-Laurent

LE MÉLILOT

Chez les gens comme chez les plantes, il y a certaines espèces invasives qu’on s’adonne à détester ou répudier pour on ne sait trop quelle raison. Le pissenlit. L’ortie. La belle-sœur Linda. Peut-être prennent-elles trop de place ? Leur forme hostile ? Le goût amer qu’elles laissent en bouche ?

Bref.

Mais quand on prend le temps de bien les connaître, on leur découvre soudainement des qualités insoupçonnées. C’est le cas notamment du mélilot, une plante dite sauvage qu’on retrouve à profusion, entre autres, le long de nos autoroutes, et qui pourrait être qualifiée de « vanille boréale. »

« Le mélilot possède un parfum différent et un goût exquis, explique notre chef Patrice. Comme un Chanel #5, mais pour la bouffe. Genre. On y retrouve même des notes de foin et d’amandes douces. Vraiment. Vous ne serez pas déçus.»

Curieusement, cette belle plante aux longues tiges meublées de délicates fleurs jaunâtres appartient à la famille des légumineuses, mais son arôme et sa saveur sont tellement envoûtants qu’ils lui ont valu un nom composé assez impressionnant, soit un mélange du grec « miel » et « lotus ». Le résultat est franchement spectaculaire et on peut donc l’utiliser comme solide substitut à la vanille, sans trop d’inquiétude.

« Donc, SVP : remplacez votre petit flacon brun opaque qui traîne dans votre armoire depuis 1942 avec un centimètre de poussière soudée dessus, et optez pour un produit de chez nous que vous pouvez utiliser dans tous vos desserts ! »

 

Suggestion de notre chef : Essence de mélilot Gourmet Sauvage

Textes : Stephane Banfi & Patrice Gosselin
Peintures originales
: Patrice Gosselin
Révision : Danielle Locas
Publication : 26.02.26

ZOOM SUR L’AIL

Category:

ZOOM SUR L'AIL

Capable à la fois d’éloigner des créatures sanguinaires diaboliques et de rehausser n’importe quel plat, l’ail occupe une place de choix autant dans la gastronomie que dans la mythologie. Mais qu’en est-il vraiment ? Pour percer les secrets de ce fabuleux bulbe qui se plante en sol en octobre (eh oui) et qui se pointe impérieusement le premier dans nos jardins, on vous propose un dossier sur l’ail, avec en primeur, une belle recette de baba ganoush à l'ail confit de notre chef Patrice Gosselin, ainsi que quelques trucs et conseils pour mieux le maîtriser.

1. L'ail a joué un rôle de premier plan dans l'histoire de l'humanité

EGYPTE
Il n’y a probablement aucun aliment qui s’est forgé une réputation aussi solide et qui a joué un rôle aussi prépondérant dans l’histoire de la santé de l’humanité que l’ail — mis à part peut-être l’eau et les Pop-tarts saveur lait frappé aux fraises. Voyons voir :

  • Les Égyptiens donnaient de l’ail aux travailleurs qui érigeaient les pyramides pour leur donner plus de force. L’historien grec Hérodote rapporte même que lors de la construction de la pyramide de Chéops, les ouvriers égyptiens se sont révoltés quand on a supprimé leur ration d’ail, ce qui veut dire que la première grève des travailleurs de l’histoire de l’humanité ne s’est pas faite pour des avantages sociaux ou pour du temps supplémentaire, mais bien pour quelques gousses de plus. Et l’ail n’était pas juste pour les prolos ; on a retrouvé des gousses assez bien préservées dans la tombe de Toutankhamon.
  • Dans la Grèce antique, Hippocrate, le supposé père de la médecine, en prescrivait comme agent purificateur, pour notamment régler les problèmes pulmonaires, pendant que les athlètes grecs l’utilisaient aux Olympiques pour améliorer leurs performances, prouvant que ce genre de tricherie ne date vraiment pas d’hier.
  • Du côté des Romains, le célèbre naturaliste Pline l’Ancien le recommandait pour les troubles gastro-intestinaux, les morsures d’animaux, les maladies articulaires et les convulsions, ce qui démontre du même coup que la vie à Rome pouvait être assez rock’n’roll merci.
  • En Orient — en Chine et au Japon plus précisément —, on utilisait plus les gousses d’ail pour contrer la diarrhée et se débarrasser de vers solitaires, ce qui, honnêtement, soulève une tonne de questions sur la cuisine asiatique antique.
  • Et finalement, en Inde, un traité médical datant de la période védique au nom de pop-star — Charaka Samhita — recommande de prendre de l’ail pour les maladies du coeur et l’arthrite.Donc, on ne se trompe vraiment pas quand on affirme que l’ail est carrément considéré comme un aliment magique. Surtout en Roumanie. Et plus particulièrement en… Transylvanie.

2. Pourquoi les vampires n'aiment pas l'ail 

Ce mythe que l’ail repousse les vampires est sans doute basé sur le fait que son odeur est aussi capable de repousser les gens — on a juste poussé le phénomène plus loin, vers le surnaturel. Mais vous ne serez pas surpris d’apprendre que pour la légende de Dracula et des pouvoirs surnaturels de l’ail, l’auteur du fameux roman, Bram Stoker, n’a vraiment rien inventé.

En ce qui concerne notre conte sanguinaire préféré, le beau Bram a basé son roman sur l’histoire de Vlad Dracul, un noble de la région de Valachie, au sud de la Transylvanie en Roumaine, qui a régné dans les années 1450 et qui avait le surnom sympathique de « Vlad l’Empaleur » (hélas, ce n’est pas parce qu’il était habile avec la fourchette…).

Parallèlement, il faut savoir aussi qu’en Roumanie, l’ail occupe historiquement une place de choix dans la cuisine, mais aussi dans la lutte aux mauvais esprits du nom de « strigoi », qu’on soupçonnait de sucer le lait des mères et des vaches. (Stoker a quand même eu la brillante idée de changer cet aspect dans son roman pour leur faire sucer du sang, sinon les vampires auraient passé leur temps dans le frigo à vider des pintes de lait.)

Bref, grâce à des pratiques transmises de génération en génération, l’ail est donc censé protéger les Roumains et les maisons des mauvais esprits, ainsi que guérir des maladies telles que le rhume et la toux. Cela explique pourquoi les paysans roumains ont longtemps protégé leur bétail en enduisant leurs cornes d’ail. Et pourquoi le plat préféré de Nadia Comaneci est une trempette d’aubergines remplie… d’ail.

3. L'ail est vraiment - mais VRAIMENT - bon pour vous 

En examinant la multitude de bienfaits qu’il génère, il appert que les Roumains — et tous les peuples de la Terre, en fait — avaient raison au sujet de l’ail. Effectivement, l’ail est plus qu’un aliment aromatique et délicieux, il est carrément une mini-bombe remplie de bonnes choses, une pharmacie dans la paume de votre main. Sérieusement :

  • Côté vitamines, il passe presque à travers l’alphabète au complet : il est très riche en vitamine B6 qui aide le métabolisme et le système immunitaire. Il apporte également d’autres vitamines du groupe B (mais pas la B12, absente des végétaux) et de la vitamine C. Il contient aussi du bêta-carotène (provitamine A), de la vitamine K et de la vitamine E antioxydante (tocophérols).
  • L’ail contient de l’alliine, une composante sulfurée au nom qui rappelle étrangement une certaine tante lointaine hirsute et haïssable. Mais cette molécule inodore a des pouvoirs insoupçonnés une fois broyée, écrasée ou hachée : elle se mélange à un enzyme pour se transformer en allicine, qui est notamment responsable de l’haleine de poney associée à l’ail. Mais ce n’est pas tout. L’allicine poursuit ensuite sa transformation (on vous épargne les détails) pour finalement créer des molécules qui nous aident à lutter contre le cancer et prévenir les maladies du coeur.
  • Comme si ce n’était pas assez, l’ail contient aussi des saponines, qui aident à réduire le cholestérol sanguin.

4. La science confirme ses bienfaits 

On le sait : ce n’est pas parce qu’on affiche une liste impressionnante d’éléments que le succès est garanti, sinon les Maple Leafs gagneraient en séries et le film Cats aurait été à tout le moins regardable. Mais justement, dans le cas de l’ail, l’union semble définitivement faire la force, puisque la science nous confirme ses bienfaits (si vous croyez toujours en la science ces temps-ci, il va de soi) :

  • Lors d’une étude réalisée en Chine entre 2003 et 2010, on a clairement constaté que la consommation d’ail cru pouvait aider à prévenir ou ralentir le cancer du poumon — et pas à peu près. Les personnes qui mangeaient de l’ail cru au moins deux fois par semaine au cours des sept années de l’étude avaient 44 % moins de risque de développer un cancer du poumon. Oui. 44 %.
  • Dans une autre étude, des chercheurs de l’Université médicale de la Caroline du Sud ont identifié trois composés à base de soufre dans l’ail — ceux qui font justement souffrir nos haleines — comme étant efficaces pour détruire des cellules de tumeurs cérébrales.
  • Toujours dans le même registre, en 2012, des chercheurs de l’Université de l’État de Washington ont découvert qu’un composé de l’ail était 100 fois plus efficace que deux antibiotiques connus pour combattre une bactérie courante qui cause des maladies intestinales. 100. FOIS.
  • Encore en Chine, des médecins ont regroupé et analysé des études publiées jusqu’en mai 2013 concernant l’ail et le cancer de la prostate et sont venus à la conclusion suivante : « Les légumes de la famille Allium, en particulier la consommation d’ail, sont liés à une diminution du risque de cancer de la prostate. »

Et comme si ce n’était pas assez, une panoplie d’études récentes démontrent que l’ail aiderait aussi à réduire la pression artérielle, le cholestérol et l’inflammation.

Morale de l’histoire : manger de l’ail. Partout. Et tout le temps. Mais de grâce, assurez-vous de manger celui du Québec.

Car il n’y a vraiment aucune raison valable de manger autre chose que de l’ail d’ici. Surtout quand on sait que celui de Chine, qui envahit nos supermarchés, est préparé et nettoyé par… des prisonniers.

5. Le conseils de notre chef Patrice Gosselin

Oui, vous pouvez toujours le gober tout rond pour déterminer qui sont vos vrais amis. Mais avant d’en arriver là, notre chef Patrice Gosselin vous propose quelques trucs et conseils pour mieux gérer vos gousses.

Au frais, mais pas trop : Primo, il faut toujours garder l’ail dans un endroit frais et sec. Mais le frigo n’est vraiment pas idéal. On peut aussi le garder sous son oreiller si on ne veut pas être dérangé durant notre sommeil. Genre.

Plus fin, plus puissant : Le goût de l’ail est inversement proportionnel à sa taille : plus il est haché finement, plus il est puissant. C’est mathématique. Enfin, presque.

En tranches : Personnellement, j’aime le couper en fines tranches et les dorer légèrement avant de les mélanger avec le reste de mes préparations. Cela donne un crunch savoureux.

Attention à sa cuisson : Je sais que vous le savez déjà, mais je le répète : ne jamais faire noircir votre ail. Quand il devient orange foncé, il est carrément indigeste — un peu comme un ancien président.

La fleur d’ail dans les vinaigrettes : Je n’utilise jamais d’ail dans une vinaigrette. Son goût est trop fort et il augmente en puissance avec le temps. Si vous tenez absolument à avoir le goût de l’ail dans votre vinaigrette, optez plutôt pour de la fleur d’ail.

Germer ou ne pas germer : Il est toujours préférable de retirer le germe à l’intérieur de la gousse, car c’est un signe que l’ail n’est pas vraiment frais. De plus, certains affirment que cette minuscule repousse peut causer des indigestions ou vous procurer une haleine de poney, mais honnêtement, tout ça est un peu exagéré.

Textes et recherches : Stephane Banfi 
(Publié le 10/4/20)

OPTIMISER VOTRE RYTHME CIRCADIEN

Category:

OPTIMISER VOTRE RYTHME CIRCADIEN 

Il existe une expression bien connue en vieux français qui dit : « Timing is everything. » L’adage s’applique aussi bien à l’économie (acheter des actions de Microsoft à 12 $, par exemple) qu’au monde de la politique (chialer sur tout et promettre n’importe quoi en année électorale). Mais qu’en est-il de la bouffe?

Eh bien, vous serez peut-être surpris d’apprendre que ce principe temporel s’applique aussi à la nutrition, avec des répercussions à la fois étonnantes et déterminantes sur notre santé. En effet, le «quand» on mange est tout aussi important — parfois même plus — que le «qu'est-ce» qu’on mange.

Aux Explorateurs culinaires cette semaine, notre correspondant culinaire Stephane Banfi décortique et démystifie les notions du rythme circadien, de l’alimentation à durée limitée et du jeûne intermittent en compagnie du Dr Satchin Panda, professeur et chercheur au Salk Institute for Biological Studies, à La Jolla, en Californie. Cela tombe bien : en plus d’avoir consacré sa carrière à l’étude du rythme circadien, le Dr Panda a aussi signé deux livres fascinants sur le sujet, The Circadian Code et The Circadian Diabetes Code.

livres_panda

1. NOTRE HORLOGE CIRCADIENNE NOUS RÈGLE AU QUART DE TOUR

 

Peu importe vos croyances ou votre héritage religieux, entendons-nous sur un fait : il n’y a vraiment qu’une grande présence indéniable qui gouverne tout sur la planète et qui sert de métronome mirobolant à tout ce qui est vivant. On parle ici du soleil.

Presque chaque organisme vivant en dépend, d’une façon ou d’une autre, et règle son cycle et son rythme de vie à son mouvement — à part les ados, il va de soi.

C’est d’ailleurs ce que nous appelons le cycle circadien, qui nous vient du latin circa diem, qui signifie « environ un jour ». Et évidemment, l’humain n’échappe pas à cette équation. Par exemple, la lumière du matin envoie à notre cerveau un signal clair, déclenchant une avalanche de réactions prévisibles — prier pour que ce ne soit pas lundi, espérer qu’il reste encore 15 minutes sur le snooze ou encore faire du café au plus sacrant.

Mais il y a aussi une multitude de fonctions biologiques dont on soupçonne à peine la complexité qui se mettent en branle : la régulation des hormones, la synchronisation de notre métabolisme et de notre digestion, la régulation de notre température corporelle et de notre système immunitaire. Et même si on a souvent tendance à penser que le rythme circadien est avant tout une affaire de sommeil qui permet au cerveau de se reposer, la réalité est beaucoup plus complexe.

« Si l’on creuse un peu plus profondément, on constate que chaque cellule du corps a besoin de ce temps de repos pour se réparer, se rééquilibrer et se régénérer », explique le Dr Panda. « Ce processus de réparation, de remise à zéro et de rajeunissement se produit partout dans l’organisme, bien au-delà du cerveau. »

On le sait, le corps possède une étonnante capacité d’adaptation — même à l’hiver québécois et à La danse des canards.Mais nous sommes à ce point synchronisés au rythme régulier du soleil que c’est chaque cellule de notre corps qui suit son rythme, munie d’une horloge interne programmée précisément, qui dicte ce qu’elle doit faire à chaque moment de la journée et de la nuit — notamment en activant et en désactivant continuellement certains gènes afin de maximiser son efficacité.

« L’horloge circadienne de chaque cellule lui indique quand vient le temps de ralentir, de se réparer et de se régénérer, mais aussi quand il est temps de se remettre en activité », explique le Dr Panda. « Cela signifie que nous sommes éveillés le jour et que nous nous alimentons principalement durant cette période ; les cellules doivent donc être entraînées à anticiper l’arrivée de la nourriture pendant la journée. Et tout comme notre cerveau s’endort la nuit, nos cellules doivent elles aussi être préparées à anticiper le jeûne nocturne, moment privilégié pour la réparation et le renouvellement cellulaires. »

2. CHAQUE CELLULE DE NOTRE CORPS POSSÈDE UNE HORLOGE. VRAIMENT.

Le cycle circadien dépend donc autant de la lumière que de l’alimentation. Le problème, vous l’aurez deviné, c’est que nous vivons désormais sur une autre planète, peuplée d’Uber Eats, de DoorDash et de Skip the Dishes, parsemée de restaurants et de dépanneurs ouverts 24 heures sur 24, et soutenue par des dépenses en publicité et en marketing alimentaire dépassant les 25 milliards de dollars chaque année.

Ajoutez à cela une luminosité constante et invasive, une économie qui carbure jour et nuit ainsi que du streaming en continu et on est en droit de se poser la question : qu’arrive-t-il à notre organisme lorsque l’on dérègle aussi brutalement 200 000 ans de programmation finement calibrée?

« Il est devenu très clair que perturber le rythme circadien — en gardant les animaux éveillés ou en nourrissant les animaux ou les humains à des moments inappropriés — peut avoir des effets profonds sur l’ensemble de l’organisme. »

Mais justement : est-ce que l’explosion de maladies chroniques que l’on connaît aujourd’hui pourrait être reliée à la perturbation de nos cycles circadiens? Pour en avoir le cœur net, le Dr Panda a mené une expérience toute simple, en 2012, dont les résultats ont chamboulé notre compréhension du lien entre la nourriture et le temps.

3. L’EXPÉRIENCE DU DR PANDA QUI
A TOUT CHANGÉ 

  • Même si le protocole de l’expérience était d’une simplicité désarmante, les résultats laissent encore perplexe. On vous résume le tout, en quelques mots :Deux groupes de souris génétiquement identiques — même sexe, même âge, même microbiome, même profil génétique — recevaient exactement la même alimentation riche en gras et en sucre chaque jour, et consommaient donc le même nombre de calories, pendant 18 semaines, avec une seule différence notable :
    • le premier groupe mangeait à volonté, le buffet restait ouvert en tout temps ;
    • le second était limité à manger pendant une période restreinte de huit heures par jour.

     

Dans le merveilleux monde mathématique et cartésien où nous vivons, chaque souris ingérait donc le même nombre de calories, ce qui, logiquement, devait produire le même résultat, selon une équation fort simple :

Souris + gras = obésité, right?

Surprise.

Les souris mangeant sans restriction, à toute heure de la journée, sont effectivement devenues obèses et ont développé des problèmes métaboliques qui nous sont tristement familiers (diabète, cholestérol, risque de cancer plus élevé, etc.).

Pendant ce temps, celles qui mangeaient dans une période limitée de huit heures pesaient 28 % de moins que l’autre groupe et ne présentaient aucun signe de ces maladies métaboliques — malgré une consommation calorique i.d.e.n.t.i.q.u.e. Et en plus, ces souris présentaient même une masse musculaire légèrement supérieure et pouvaient soutenir un test d’entraînement d’endurance pendant très longtemps.

Mêmes calories. Résultats radicalement différents.

Souris + gras = Oh. My. God.

« C’était vraiment surprenant », avoue le Dr Panda. Tellement que même la communauté scientifique avait du mal à accepter les résultats. « On venait me voir en privé pour me dire : “Tu as dû te tromper quelque part.” On soulevait des objections techniques. »

Mais en plus d’avoir refait l’expérience à trois reprises pour valider les résultats à l’interne avant de publier — « Nous étions très confiants », assure-t-il —, cette même expérience a par la suite été reproduite par de nombreux laboratoires à travers le monde, toujours avec le même résultat étonnant.

« Les souris qui mangent dans une fenêtre de 8 à 10 heures, même lorsqu’elles consomment le même nombre de calories provenant de la même source alimentaire, sont toujours en meilleure santé que celles qui mangent à n’importe quel moment », confirme le Dr Panda. « Même avec une alimentation malsaine. »

Maintenant, on s’entend, les humains sont des êtres légèrement plus sophistiqués que des rongeurs — à quelques exceptions près.

Mais à la lumière de ces résultats, c’est toute une logique alimentaire qui disparaît soudainement, mettant en relief l’effet ahurissant sur notre santé que peut avoir le moment où l’on choisit de manger. D’autant plus que ce genre d’étude a depuis été répliqué chez les humains, démontrant clairement les avantages d’une alimentation à durée limitée sur, entre autres, la perte de poids, le taux de sucre et la pression artérielle.

Un peu comme la fameuse théorie d’Einstein où le temps n’était soudainement plus constant, l’effet de l’alimentation sur le corps, peu importe la qualité de la bouffe, n’est plus absolu et invariable, mais devient très relatif, dépendant du moment où on décide de manger.

Puisque notre corps est programmé d’avance pour certaines fonctions, à des moments précis, en lui balançant des nachos aux ananas à 1 h 27 du matin en bingeant la 4e saison de Yellowstone, on le perturbe, on le déstabilise et, surtout, on l’empêche de bien faire ce qu’il sait et doit faire. Comme le dit si bien le Dr Panda :

« De la même manière qu’on ne peut pas réparer une autoroute lorsqu’il y a du trafic, on ne peut pas réparer la muqueuse intestinale lorsqu’il y a de la nourriture dans le système digestif. »

4. LE MOMENT OÙ VOUS MANGEZ EST TOUT AUSSI IMPORTANT QUE CE QUE VOUS MANGEZ

Le docteur est donc catégorique : « Un bon aliment mangé au mauvais moment devient de la malbouffe », dit-il sans hésitation. Malheureusement, l’inverse n’est pas vrai, et un hot-dog Michigan au chili fuego caliente au petit matin restera toujours une très mauvaise idée.

Et qu’arrive-t-il quand on néglige continuellement notre rythme circadien? Les toxines et les cellules endommagées s’accumulent au fil du temps et nous rapprochent progressivement de la maladie.

« La maladie est un état dans lequel certains groupes de cellules ou de tissus ne fonctionnent plus correctement », explique le Dr Panda. « Pourquoi? Parce qu’ils n’ont pas bénéficié des mécanismes habituels de réparation et de “mise au point”. »

5. UNE SOLUTION À LA PORTÉE DE TOUS

Après sa fameuse expérience, le Dr Panda a changé ses propres habitudes de vie ; cela démontre en soi l’impact que les résultats ont eu sur lui. Ces simples modifications lui ont permis de perdre 20 livres et, au moment de l’entrevue, il ne prenait aucun médicament, ce qui n’est rien de moins qu’exceptionnel pour un homme dans la cinquantaine en Amérique du Nord, quand on considère que 82 % des Américains de 50 ans et plus prennent au moins un médicament. Il a aussi mis de l'avant une application toute simple pour mieux gérer son rythme circadien.  

Il a ensuite concocté un protocole simple et efficace (qu’on vous partage plus bas) pour aider les gens à changer leurs habitudes de vie. Il s’abstient d’affirmer que l’alimentation à durée restreinte va guérir tous vos bobos; il s’agit plutôt d’optimiser les ressources et capacités de votre corps pour prévenir la maladie, mieux la gérer, ou encore éviter une rechute.

« Accorder de l’attention à notre rythme circadien — au moins en étant attentif au moment où nous mangeons — peut avoir des effets en cascade. »

Mais le Dr Panda va plus loin : il voit l’alimentation à durée limitée comme une solution pratique et efficace, qui pourrait rapidement améliorer des vies, tout en épargnant des milliards en frais de santé à l’État. Mais il sait pertinemment que tout grand changement, même avec des preuves scientifiques à l’appui, prend du temps à s’instaurer au quotidien.

« Il existe presque toujours un décalage de 15 à 20 ans entre le moment où l’on découvre les bénéfices de quelque chose et celui où on les met réellement en application. Pour les rythmes circadiens, j’ai l’impression que nous vivons actuellement un moment comparable à celui du plomb et de l’amiante. »

Autrement dit, même si l’on a identifié et documenté le danger, cela va prendre une génération pour tout effacer et recommencer.

« Nous avons bâti un monde sans tenir compte des rythmes circadiens, avec lesquels nous vivions pendant 200 000 ans. Nous devons maintenant reconstruire — en repensant, par exemple, à quand nous devrions éclairer nos domiciles, à l’heure à laquelle les enfants devraient aller à l’école, à quand les repas devraient être servis, à quel moment les hôpitaux devraient nourrir les patients. »

D’ici là, la bonne nouvelle est que la solution à bien des problèmes de santé est désormais entre nos mains, grâce à un protocole tout simple.

« C’est un peu difficile au début, alors donnez-vous au moins 30 jours », d’avouer le docteur. « Oui, vous aurez peut-être faim à certains moments, mais vous n’allez pas mourir. On peut survivre deux à trois semaines sans manger, alors ce ne sont pas trois heures qui feront la différence. »

Pour l’avoir essayé, les légers inconvénients initiaux ne sont rien — mais absolument rien — comparés aux bénéfices qu’on en retire. Premier constat : après une première semaine, une sensation étrange s’empare de votre bouche. Elle déborde de fraîcheur, comme si on vous avait lavé le palais avec un tuyau à pression remplie de Scope.

« Ce sont vos papilles gustatives qui se régénèrent et qui vous permettent de mieux savourer les aliments », explique le Dr Panda.

LE PROTOCOLE DU DR PANDA 

Aussi, votre sommeil devient plus facile, plus long et surtout très profond — à condition d’enfermer la chatte dans le sous-sol, il va de soi. Votre degré d’énergie passe à 11. Et finalement, une grande vérité vous saute soudainement aux yeux : on a souvent tendance à manger sans aucune raison valable, par habitude ou pour des raisons purement émotives. Se donner une fenêtre fixe pour manger vous confronte donc à vous-même et vous force à vous poser une question toute simple qu’on évite trop souvent : pourquoi est-ce que je mange, au juste ?

Parce que lorsqu’on regarde la multitude de maladies chroniques qui ne cessent d’augmenter, on est en droit de se demander si le début d’une solution à nos problèmes massifs de santé n’est pas, en réalité, beaucoup plus simple que ce que l’on pense : c’est-à-dire mettre notre corps dans les conditions gagnantes pour le laisser faire son travail, en commençant par respecter un mode de fonctionnement biologique qui a pris plus de 200 siècles à se façonner et à se perfectionner.

« Le moment où nous dormons et celui où nous mangeons contrôlent une grande partie de notre rythme circadien », conclut le Dr Panda. « Et puisque le rythme circadien détermine quand certains gènes sont activés ou désactivés, tout est essentiellement entre nos mains. Ces habitudes deviennent alors le chef d’orchestre de notre symphonie circadienne. »

À nous de jouer.

LES SIX RÈGLES DE BASE POUR OPTIMISER
VOTRE RYTHME CIRCADIEN  

Dormez à une heure régulière, idéalement pendant huit heures, afin d’obtenir au moins six à sept heures de sommeil réparateur.

Au réveil, attendez une à deux heures avant de consommer vos premières calories.

Mangez dans une fenêtre de 8 à 10 heures, idéalement 8  heures. Évitez de dépasser 12 heures.

À votre réveil, exposez-vous à la lumière du jour pendant au moins 30 minutes. Même par temps nuageux, la lumière extérieure suffit.

Bougez chaque jour. Si possible, privilégiez la fin d’après-midi : muscles et horloge circadienne sont alors mieux préparés à l’effort, le risque de blessure est moindre et les bénéfices métaboliques sont supérieurs.


Évitez toute nourriture et lumière vive dans les deux à trois heures précédant le coucher afin de favoriser la production de mélatonine et la qualité du sommeil.

Textes et montage : Stephane Banfi
Révision : Danielle Locas
Publication : 19 janvier 2026

LA PATATE

Category:

Textes,  recherches et montage : Stephane Banfi
Trucs et astuces : Patrice Gosselin
Illustration : Cynthia Ross

Le début d’une nouvelle année est toujours l’occasion idéale pour conjuguer le temps passé avec l’avenir : il est impératif de bien réfléchir à son présent, reconnaître qu’on est imparfait, pour mieux apporter des petits ajustements, aussi simples soient-ils, pour améliorer son futur. Fin de la conjugaison.

Et justement, afin d’illustrer comment ce sont souvent les petites choses qui ont ce pouvoir insoupçonné de transformer nos vies, pour cette première infolettre de l’année (enfin !), on a cru bon vous proposer un nouveau segment qu’on intitule « Ces plantes qui ont changé le monde  » où on décortique comment certains aliments ont chamboulé nos vies, au quotidien et globalement. En se faufilant dans nos assiettes au fil des siècles, ces plantes ont eu un impact profond sur notre histoire et nous aident à mieux comprendre le présent — même si cela n’explique toujours pas les grands mystères de la vie comme le Cheez Whiz et les pantalons en pattes d’éléphant.

Donc, pour ce volet inaugural, on commence avec une vedette incontournable de nos accompagnements gastronomiques qu'on célèbre en cette semaine de la poutine qui vient de prendre fin : la patate.

Et comme si ce n’était pas déjà assez, pour démarrer 2024 en force, on vous propose également une superbe illustration originale de notre artiste-horticultrice préférée, Cynthia Ross, qui se joint à nous pour la série.

Bonne lecture, bon appétit, bonne année — dans l’ordre que vous voulez.

1. LA PATATE VIENT D'AMÉRIQUE DU SUD

Frite, sautée, au four, en robe de chambre, pilée — on peut tout faire avec la patate, même de la vodka et un jouet un peu primitif, merci. Mais ce n’est pas surprenant, car ce fabuleux tubercule, qui nous vient des hauts plateaux des Andes en Amérique du Sud, était déjà très prisé, puisqu’on le cultivait il y a de cela près de 10 000 ans. Et avec raison, car la patate était le iPhone du temps avec ses nombreuses applications : en plus d’être une excellente source de nourriture (on y reviendra), on s’en servait comme remède contre les maux de tête, pour faire briller son argenterie ou encore apaiser un coup de soleil. Elle était même une forme d’horloge primitive, alors que les Incas utilisaient son temps de cuisson pour mesurer le temps.
(Sans compter que la patate a une durée de vie nettement plus longue qu’une Apple Watch.) Malgré tout, la pomme de terre reste plutôt circonscrite à cette petite région montagneuse éloignée, jusqu’à ce que des « agents de destruction massive » — les conquistadors — y mettent les pieds en 1536 et décident de la ramener en Europe, avec des tonnes d’or et plusieurs autres « souvenirs de voyage », il va de soi. De là, la patate continue son petit bonhomme de chemin pour finalement arriver en France au 18siècle où elle se heurte à un public plutôt sceptique. Mais c’était sans compter la détermination d’un certain pharmacien français, dont le nom deviendra éventuellement synonyme de tout ce qui est patate.

2. LA PATATE A FAIT L'OBJET DES PREMIÈRES CAMPAGNES DE MARKETING 

Antoine-Augustin Parmentier est pharmacien militaire et pendant la guerre de Sept Ans de 1756 à 1763 (pour laquelle on aurait pu franchement se forcer un peu afin de trouver un meilleur nom), il est capturé à cinq reprises et est fait prisonnier par les Prussiens, ce qui en dit long sur les capacités des pharmaciens au combat.

Alors qu’il moisit de façon intermittente dans un sombre donjon au « Club Slav », on le force à bouffer des patates. Et encore des patates.

Car il appert que les Prussiens, qui avaient déjà été décimés par la famine, ont rapidement reconnu son apport nutritif exceptionnel ; le 24 mars 1756, le roi Frédéric II le Grand y est allé d’un édit royal — rien de moins —, pour ordonner à ses sujets de cultiver la pomme terre.

« Là où se trouve une place vide, la pomme de terre devra être cultivée », peut-on y lire. Visiblement, le Grand Fred n’était pas du style gazon.

Parmentier, une fois libre pour de bon, reviendra enchanté et inspiré par la patate, mais surtout, vivant, ayant réussi à subsister sur une bouillie de pomme de terre pendant de longues périodes.

Si bien qu’à son retour en France, il se donne comme mission de prouver aux Français les bienfaits du noble tubercule. Et il y voit surtout un aliment unique qui pourrait aider à atténuer la famine qui ravage régulièrement le pays.

Mais côté popularité, son projet fait plutôt patate, la population demeurant largement froide et insensible aux charmes de notre boule de glucides préférée.

On la soupçonne d’être empoisonnée, car elle est, après tout, de la même famille que la tomate et le tabac, les redoutables solanacées, qui sont associées à la sorcellerie. Au mieux, on la sert aux animaux. Puis, des idées de génie : Parmentier demande au roi de planter un champ de patates exclusif pour usage royal, sur un terrain clôturé, placé sous haute surveillance jour et nuit par des gardes armés. Toutefois, il donne comme consigne aux gardiens de laisser le petit peuple curieux et envieux voler tout ce qu’il veut du jardin. On organise aussi de somptueux banquets qui mettent en vedette la pomme de terre auprès de VIP notables, comme Benjamin Franklin et Thomas Jefferson (qui pourrait l’avoir ramenée aux tout nouveaux States sous forme de frite). Et même le roi Louis XVI utilise la délicate fleur de patate à sa boutonnière, pendant que sa reine, Marie-Antoinette, se la glisse aux cheveux, pour impressionner et faire tendance — avec un résultat, disons, plutôt tranchant.

Vous devinez la suite : le peuple est graduellement convaincu qu’il s’agit d’une denrée noble et précieuse (« Non, mais oh, j’ai déjoué LES. GARDIENS. DU. ROI. pour cette putain de purée, alors on la bouffe, tu piges ? »), et la patate se répand comme une traînée de poudre. Et avec raison, car comme les Prussiens et les Incas l’avaient si bien saisi auparavant, sa valeur nutritive est tout simplement extraordinaire.

3. LA PATATE EST VRAIMENT BONNE POUR VOUS 

Avec des expressions comme « faire patate » et « grosse patate », on peut dire que la pomme de terre n’a pas vraiment bonne presse.

En fait, la patate est un peu la drag queen des légumes ; on l’apprécie beaucoup, même si on a souvent tendance à y aller un peu fort côté habillage et accoutrements.

Crème sure, sauce brune gluante et montagne de fromage, flaques de ketchup, pépites de bacon ou friture intense dans une huile suspecte — la patate est vraiment victime par association.

Mais à la base, tout comme Parmentier l’avait découvert lors de ses cinq séjours en Airbnb forcé en Prusse, elle est un véritable trésor nutritif avec plusieurs avantages, qu'on avait déjà  identifiés il y a un siècle. 

Primo, il y a l’arsenal de nutriments qu’elle contient : elle est une bonne source de vitamine C, elle contient aussi du potassium, magnésium, manganèse, phosphore, de la vitamine B6, de la fibre, même des protéines ! — pour ne nommer que ceux-là.

Tenez-vous bien : comme nous révélait le Dr Neal Barnard du Physicians Committee for Responsible Medecine sur son balado récemment, une grosse patate à elle seule contient plus de protéines… qu’un oeuf.

Et puis il y a également tout ce qu’elle n’a pas : la patate n’a pas de gluten, ce qui en fait une pièce gastronomique de choix pour tous les gens souffrant d’intolérances, elle est très faible en gras et sans cholestérol (si vous ne la noyez pas dans du beurre, il va de soi). Sans surprise, une étude de 2022 publiée dans le Journal of Nutritional Science a démontré que « la consommation de pommes de terre (frites ou non frites) chez les adultes en bonne santé n'est pas associée à un risque accru de diabète de type 2,  d'hypertension ou d'élévation des taux de triglycérides. »

En boni, elle a aussi de nombreux antioxydants qui peuvent, par exemple, réparer les dommages causés par les radicaux libres aux cellules vieillissantes. Et de nombreuses études ont démontré qu’elle possède un index de satiété très élevé, ce qui aide à réguler la faim et fait qu’on mange moins.

Avec tous ses avantages exceptionnels, la question se pose : est-ce qu’on peut vivre simplement de la patate ?

4. UN AUSTRALIEN N'A PAS LÂCHÉ LA PATATE PENDANT UN AN ET A PERDU 120 LIVRES 

En 2016, Andrew Taylor, un sympathique colosse australien de 6 pieds 5 pouces et 334 livres a un moment de lucidité : il se rend à l’évidence qu’il est complètement accro à la bouffe, dépendant de la malbouffe et constamment victime de fringales irrépressibles.

Même s’il est végane — un « junk food vegan », de son propre aveu —, il est tout simplement incapable de maintenir son poids et de résister à l’envie de manger.

Et pour en rajouter une couche, ce jeune père d’un garçon de deux ans est aussi prédiabétique et cliniquement déprimé.

« J’avais perdu espoir, explique-t-il dans plusieurs entrevues qui ont fait le tour du monde. Ma santé mentale n’était vraiment pas bonne, j’étais très déprimé et anxieux. Et quand j’ai réalisé que mon fils allait sûrement être comme moi, je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose. »

Il décide donc de prendre les grands moyens pour résoudre le problème à la source.

« Si un alcoolique doit lâcher l’alcool, peut-être qu’un food addict devrait abandonner la nourriture », tranche-t-il.

Enfin presque.

Il passe six semaines à faire des recherches à la fois historiques et scientifiques pour peaufiner un régime axé sur l’abstinence, et décide finalement de limiter ses repas, pour la prochaine année, à un seul et unique aliment : la patate.

« Ce n’est pas quelque chose que mon médecin aurait recommandé, mais il m’a appuyé et il m’a suivi tout le long. »

Un an donc à ne manger que des patates, matin, midi et soir, pilées, sautées, grillées.

Après deux semaines, il en avait déjà assez.

« J’étais écoeuré, mais je suis passé à travers. Il y a eu un déclic mental. Est-ce que je veux manger une patate ou est-ce que je veux être un mauvais exemple pour mon fils ? »

Taylor a donc enduré et perduré, en se permettant occasionnellement de garnir ses patates avec quelques herbes et épices, et l’ajout de lait de soya pour ses purées. Avec de l’eau et un supplément de vitamine B12, son régime parmentier extrême n’a pas tardé porter fruit.

« Après deux mois, j’avais le sentiment de mission accomplie. Mais j’ai décidé de finir ce que j’avais commencé. »

Les résultats parlent d’eux-mêmes et sont époustouflants. Il a perdu 120 livres. Sa dépression et son diabète sont chose du passé. Ses douleurs aux articulations ont disparu. Son cholestérol et sa pression ont chuté. Bref, absolument tout s’est amélioré, sans aucune carence alimentaire, si bien qu’il a lancé un site web — Spud Fit — et des livres de recettes afin d’aider les gens à en faire autant.

Depuis, il s’est servi de son régime Russett extrême comme tremplin pour maintenir une alimentation saine à base de produits entiers, incluant une diversité de fruits et légumes, des grains, noix et légumineuses — et encore et toujours des patates.

« La patate m’a sauvé la vie », conclut-il.

Mais la patate en a aussi fauché.

Par millions.

5. LA POMME DE TERRE EST À L'ORIGINE D'UNE DES PLUS GRANDES FAMINES 

Si vous vous demandez pourquoi la fête de la Saint-Patrick est si populaire partout en Amérique du Nord et pourquoi presque chaque grande ville nord-américaine possède un « Irish Pub », c’est en grande partie à cause de la patate.

En 1845, l’Irlande est sous la gouverne britannique; 95% de ses terres appartiennent aux Anglais et plus d’un tiers de sa population subsiste au quotidien en cultivant et mangeant presque exclusivement des patates. Pourquoi ? Il appert que la pomme de terre est un des seuls organismes — à part les Irlandais — qui peut endurer le rude climat de l’Île verte. En plus, on n’a pas nécessairement besoin de beaucoup de terre pour la cultiver. Résultat : de plus en plus de pauvres Irlandais se tournent vers la patate pour survivre et fonder une petite famille, tout en payant une rente à leur proprio provenant des ventes de leur récolte.

Des lopins de terre sont donc redivisés et reloués à tout un chacun, grâce à une communauté de paysans et laboureurs qui vivent dans des conditions disons « minimalistes », si bien que la population irlandaise explose en près de 50 ans, passant de 4 millions d’habitants en 1781 à 8 millions en 1845 — du jamais vu à l’époque en Europe.

Derrière ce beau succès démographique se cache pourtant une grosse lumière rouge qui flashe : enlever la patate de l’équation et le pays entier s’effondre comme un château de cartes.

Surtout qu’un siècle plus tôt, l’Irlande avait vécu une grande famine qui avait décimé près de 20 % de sa population. La cause ? La température inclémente qui avait dévasté les récoltes de grains et de patates. C’était en 1740. Cent ans plus tard, on avait déjà oublié.

L’été 1845 en Irlande était particulièrement pluvieux et humide. Jusque là, rien d’anormal, puisque le pays est littéralement une île maritime qui doit composer avec les soubresauts de l’océan atlantique.

Certains fermiers constatent toutefois des petites taches brunes suspectes sur les feuilles de leurs plants.

On ne s’en préoccupe pas trop, mais la curiosité tourne à l’horreur au mois de septembre lors de la récolte, quand les patates sont transformées en une bouillie de moisissure noire et infecte.

Le coupable : un champignon microscopique du nom maléfique de Phytophthora infestans — ou mildiou —, venu du Mexique, qui ravage les plants, prend racine dans le tubercule et le noircit, le rendant toxique et indigeste.

L’année suivante, on espère une meilleure récolte comme ce fut souvent le cas après une année difficile. Mais après un été prometteur et des champs verdoyants, le mildiou massacre tout en l'espace d'une semaine.

Un célèbre réformateur catholique du nom de Père Mathew, lors de son passage en Irlande de Cork à Dublin, a vu les plants de patates « fleurir dans toute la luxuriance d’une récolte abondante ». Cinq jours plus tard, il est revenu pour trouver « une vaste étendue de végétation en putréfaction ».

Au bord de leurs parcelles en décomposition, les gens assis en train de pleurer et de se tordre les mains creusent la terre pour trouver quelques patates mangeables. Désespérés, certains se tournent vers la mer pour subsister, mangeant algues et fruits de mer crus.  La famine et le fléau de maladies qu'elle engendre comme le typhus et le choléra foudroient les habitants par millions et les villages irlandais ont des airs d’apocalypse zombie.

Comme écrivait un Anglais de passage au village désert de Skibbereen le 17 décembre 1846 lorsqu’il entra dans une maison pour y découvrir :

« … six squelettes affamés et affreux, apparemment morts, recroquevillés dans un coin… Je m’approchai avec horreur et découvris qu’ils étaient vivants, poussant de faibles gémissements, qu’ils avaient la fièvre — quatre enfants, une femme et ce qui avait été un homme… En quelques minutes, j’ai été entouré d’au moins 200 de ces fantômes, de ces spectres effrayants qu’aucun mot ne peut décrire. » 

Face à ce désastre humanitaire, que fait le gouvernement britannique ?

Le premier ministre Robert Peel (qui nous a donné le nom d’une rue, d’un métro et d’un pub à Montréal) a pris du temps à réagir au drame, doutant même de l’ampleur de la catastrophe.

« Les rapports irlandais ont une telle tendance à l’exagération et à l’inexactitude qu’il est toujours souhaitable d’attendre avant d’y donner suite », déclare Mister Peel.

Il se tourne éventuellement vers l’importation de grains des États-Unis pour nourrir la population… ce qui crée un tollé chez les producteurs de grains locaux qui misaient toujours sur le protectionnisme et voyaient désormais le gouvernement abaisser les prix. Pire, quand Peel change les lois pour avoir plus de marge de manoeuvre sur l'importation, son gouvernement tombe. 

Le gouvernement inaugurera aussi des travaux publics pour tenir tout ce monde occupé, employant près de 700,000 Irlandais  — adultes, enfants et vieillards — souvent pour des projets jugés inutiles, dans l'optique de les faire gagner un peu de sous. Mais cela n’en met pas plus dans leur assiette.

En juin 1847, un programme de soupe populaire voit enfin le jour et nourrit environ 3 millions de personnes par jour, mais le gouvernement abandonne l'initiative dès l'automne, lorsque le mildiou est disparu des champs.  La même année, on met également fin au programme de travaux publics; le gouvernement décide plutôt de remédier au désastre en taxant les propriétaires qui sous-louent leurs terrains aux familles frappées par la famine.

Résultat : les proprios — majoritairement des Anglais, rappelons-le  — jettent un demi-million de pauvres gens affamées à la rue afin d’éviter de payer la taxe. (Tous ensemble : B.R.A.V.O.)

Pour vous donner une idée de l'ampleur du désastre, l'année 1847 est désormais surnommée Black '47 en Irlande.

Car il y a une incohérence cruelle qui n’échappera pas à l’histoire durant cette tragédie : pendant cette misère incommensurable, on continue d’exporter du grain et du boeuf irlandais vers l’Angleterre… pendant que les gens crèvent de faim. 

La réalité est que le gouvernement britannique a adopté largement une attitude de « laissez-faire » face à la catastrophe, mettant sa confiance dans les lois du marché pour régler le problème (un refrain qui est malheureusement familier, sauf quand la misère frappe les riches — évidemment).

Vous l’aurez deviné, sous cette famine se cache le spectre d’un autre fléau tout aussi dévastateur et ravageur : le racisme. Car l’Irlande n’était pas le seul pays aux prises avec son agresseur microscopique. La Belgique (qui a aujourd'hui un Musée de la frite), la France et même l’Angleterre ont connu les ravages du mildiou. Mais dans chacun de ces pays, les gouvernements sont intervenus de façon musclée pour aider la population, en limitant les exportations ou encore distribuant des denrées aux démunis. 

Pendant ce temps, le nouveau responsable du dossier de la famine au sein du gouvernement britannique, Charles Treveyan, déclarait :

« Le véritable mal auquel nous devons faire face n'est pas le mal physique de la famine, mais le mal moral du caractère égoïste, pervers et turbulent du peuple... Le jugement de Dieu a envoyé cette calamité pour donner une leçon aux Irlandais. »

En fin de compte, on estime qu’un million d’Irlandais sont morts de faim, plus de deux millions ont émigré, la plupart dans des conditions atroces, avec des milliers de morts largués en mer.

La population de l’Irlande ne s’en est jamais remise, oscillant aujourd’hui aux alentours des 5 millions.

Et la langue du pays à l’époque, le gaélique, est devenue presque oubliée.

En 1997, le premier ministre britannique, Tony Blair, a d’ailleurs présenté des excuses voilées au peuple irlandais :

« Those who governed in London at the time failed their people through standing by while a crop failure turned into a massive human tragedy. We must not forget such a dreadful event. »

 

Tout cela, certes, parce qu’on a mis toutes ses patates dans le même panier. 

Mais plus que tout, ce fabuleux tubercule, crémeux et délicieux, nous a rappelé de façon cruelle et brutale une réalité qui se perpétue encore trop souvent aujourd’hui : la misère des uns ne doit jamais bousculer l’appétit vorace des autres.

5. TRUCS ET ASTUCES DE NOTRE CHEF PATRICE GOSSELIN 

  • Pour éviter que vos patates brunissent, mettez-les dans l’eau une fois épluchées. Vous pourrez même les mettre dans un bol, au frigo, pour utilisation ultérieure. Quand vous serez prêt à les cuisiner, c’est vous le boss.
  • Pour faire une belle purée de patates, coupez tous vos morceaux de patates en format moyen, environ de la même taille. Disons grosseur « balle de golf ». Mais carré. (Dheuuu). Donc, pas en petits morceaux. Sinon, votre purée sera gorgée d’eau et le résultat sera plus que décevant.
  • Les patates adorent le sel. Lors de la cuisson pour la purée, par exemple, n’hésitez pas à en mettre une belle quantité dans l’eau. Genre, tu penses qu’il y en a assez ? BEN NON. Vas-y encore.
  • Choisir le bon type de patate pour ce que vous souhaitez cuisiner. En frites ? Purée ? Au four ? Plusieurs variétés sont disponibles, et habituellement leur usage principal est maintenant écrit sur les sacs. Fun.
  • Vous pouvez garder la peau des patates dans certaines recettes. Ou pas. C'est  vraiment vous qui décidez mais la peau contient quand même plein de bonnes choses pour la santé.
  • Explorez le spectre des couleurs avec la patate. Orange. Mauve. Jaune. Cela vous fera du bien.
  • Finalement : un secret. La patate jaune (Yukon Gold) reste ma préférée. Elle fait la job pour toute. toute. toute. Vraiment.
Publié : 8/02/2024