CINQ PLATS INCONTOURNABLES DU PORTUGAL

Aux Explorateurs culinaires ce mois-ci, on s’assume pleinement avec un premier reportage « exploratoire », qui met le cap sur le Portugal, ce merveilleux pays reconnu, entre autres, pour le fado, Ronaldo, sa chaleur et ses explorateurs (on est « concept » ou on ne l’est pas). En effet, pour souligner la journée de la libération du Portugal qui avait lieu le 25 avril — et surtout pour profiter du fait que notre intrépide collaboratrice et amie de longue date, Julie Coderre, est allée récemment visiter ce merveilleux pays pour y goûter tout ce qui s’y faisait de bon — on vous propose donc cinq plats incontournables du Portugal qui, comme elle le dit si bien, « sont simples en apparence, mais redoutables en réalité».
(Avant de passer la parole à Julie, une petite parenthèse végée : bien que les plats qu’on vous propose contiennent très peu de viande rouge, nous sommes parfaitement conscients que le poisson est une option végétarienne aussi légitime que les chips sont des légumes. Mais ceci étant dit, on peut difficilement passer à côté de la riche tradition culinaire d’un pays comme le Portugal sans parler de poisson. Après tout, le nom même du pays nous vient de Portus Calle, qui veut dire « le port de Cale », qui était une petite zone habitée près de l’actuelle ville de Porto, à l’époque des Romains. Bref, même si nous savons pertinemment qu’une alimentation à base de plantes demeure LA meilleure option pour notre santé et bien-être, on aime aussi se rappeler qu’il est important de ne pas revirer fou avec cela. Et encore moins quand on est en voyage pour justement y découvrir la culture culinaire d’un autre pays. Fin de la parenthèse.)
5 PLATS INCONTOURNABLES DU PORTUGAL

1. Bacalhau :
le poisson national…importé
Le Portugal voue un véritable culte à la morue (bacalhau). Petit détail : il n’y en a pas dans ses eaux. Eh oui : LE plat le plus emblématique du pays est basé sur un poisson… importé de l’Atlantique Nord. Ironique, mais historiquement très logique.
Adoptée à l’époque des grandes explorations, la morue salée avait un avantage décisif : elle survivait mieux que les marins en mer. Aujourd’hui encore, on la dessale, on la cuisine, et on la décline à l’infini. Au Portugal, commander de la morue en espérant un filet fondant (telle la personne qui écrit ces lignes…), c’est un peu se tromper de pays : ici, la morue est presque toujours salée et séchée avant d’être cuisinée — une tradition qui privilégie le goût et la texture feuilletée, loin du moelleux d’une morue fraîche islandaise. Mais tout aussi savoureux.
Quant aux croquettes de morue, elles contiennent souvent plus de pommes de terre que de poisson. Et non, ce n’est pas une arnaque : c’est ce qui leur donne leur texture parfaite. Comme quoi, dans l’assiette comme dans la vie, moins de morue peut parfois être une bonne chose.


Parmi les plats de morue typiques, le bacalhau à Brás : le chaos parfaitement contrôlé. À première vue, ce plat ressemble à un joyeux mélange improvisé : morue salée effilochée, pommes de terre allumettes, œufs brouillés. Rien de très impressionnant… jusqu’à ce que vous essayiez de le refaire. Parce que le bacalhau à Brás, c’est une question de timing. Les œufs doivent être juste assez cuits pour enrober le tout, sans transformer l’assiette en omelette sèche. Trop cuits ? Ruiné. Pas assez ? Texture bizarre qui donne l’impression que tout cela a déjà été mangé une fois. Bref, un plat simple… qui exige de ne pas faire n’importe quoi.

2.Amêijoas à Bulhão Pato : la preuve que trop en faire, c’est inutile
Des palourdes, de l’ail, beaucoup d’huile d’olive, de la coriandre. C’est tout. Et c’est parfait. Ce plat porte le nom d’un poète du XIXe siècle, ce qui est déjà un bon indice : on est dans quelque chose de raffiné, mais sans prétention. Ici, pas de crème, pas de twist moderne inutile. Juste des ingrédients qui font le travail. Et surtout, du pain. Beaucoup de pain. Parce qu’au final, tout ça n’est qu’un prétexte parfaitement acceptable pour ne rien laisser au fond de l’assiette.

3.Sardines : oubliez les bonnes manières
Au Portugal, les sardines ne sont pas dressées avec des pincettes. Elles sont grillées entières, salées, parfois un peu brûlées, et servies sans cérémonie. On les mange avec les mains, souvent sur une tranche de pain, en pleine rue. Vous êtes à la recherche d’une expérience gastronomique sophistiquée ? Passez votre tour. Vous voulez comprendre le goût du feu et du produit brut ? Vous êtes au bon endroit. Et oui, la peau noire et grillée fait partie du plaisir. Ce n’est pas raté. C’est voulu.

Dans une ruelle de Porto, on prépare le feu pour faire griller les sardines lors de la fête de la Saint-Jean (São João).

Mangé à Lisbonne : un fish and chips version sardine (et, oui, les sardines sont entières).

4.Caldo verde : humble, mais intouchable
Sur papier, c’est une soupe : pommes de terre, chou, chorizo. Rien de révolutionnaire. Mais comme souvent au Portugal, tout est dans le détail. Le chou est coupé ultra finement, la texture est soignée, et le résultat est à la fois simple et profondément réconfortant. C’est le genre de plat qu’on sert tard le soir, dans les fêtes, sans prétention. Et qui fonctionne à chaque fois. (Dans la photo, notre chef vous en propose même une version avec du tofu fumé, au cas.)

5. Pastéis de nata : un dessert né d’un problème de lessive
Les célèbres pastéis de nata ont été inventés dans un monastère. Pas par gourmandise, mais par logique : les blancs d’œufs servaient à amidonner les vêtements, alors il fallait bien utiliser les jaunes. Résultat : une des meilleures idées culinaires de l’histoire. Aujourd’hui, leur surface caramélisée (presque brûlée) est une signature. Si votre pastel est pâle, il y a un problème. Et si vous n’en mangez qu’un… c’est que vous êtes vraiment trop raisonnable.
Derrière ces classiques, il y a une constante : une cuisine née de contraintes (conservation, pauvreté, mer), un respect du produit de base et de la cuisson, et zéro tolérance pour les artifices inutiles. Autrement dit : une cuisine sans prétention qui n’essaie pas d’impressionner… mais qui y arrive quand même !
Textes et photos (sauf une) : Julie Coderre / Publié le 10/05/2026







