ZOOM SUR L'AIL

Capable à la fois d’éloigner des créatures sanguinaires diaboliques et de rehausser n’importe quel plat, l’ail occupe une place de choix autant dans la gastronomie que dans la mythologie. Mais qu’en est-il vraiment ? Pour percer les secrets de ce fabuleux bulbe qui se plante en sol en octobre (eh oui) et qui se pointe impérieusement le premier dans nos jardins, on vous propose un dossier sur l’ail, avec en primeur, une belle recette de baba ganoush à l'ail confit de notre chef Patrice Gosselin, ainsi que quelques trucs et conseils pour mieux le maîtriser.

1. L'ail a joué un rôle de premier plan dans l'histoire de l'humanité

EGYPTE
Il n’y a probablement aucun aliment qui s’est forgé une réputation aussi solide et qui a joué un rôle aussi prépondérant dans l’histoire de la santé de l’humanité que l’ail — mis à part peut-être l’eau et les Pop-tarts saveur lait frappé aux fraises. Voyons voir :

  • Les Égyptiens donnaient de l’ail aux travailleurs qui érigeaient les pyramides pour leur donner plus de force. L’historien grec Hérodote rapporte même que lors de la construction de la pyramide de Chéops, les ouvriers égyptiens se sont révoltés quand on a supprimé leur ration d’ail, ce qui veut dire que la première grève des travailleurs de l’histoire de l’humanité ne s’est pas faite pour des avantages sociaux ou pour du temps supplémentaire, mais bien pour quelques gousses de plus. Et l’ail n’était pas juste pour les prolos ; on a retrouvé des gousses assez bien préservées dans la tombe de Toutankhamon.
  • Dans la Grèce antique, Hippocrate, le supposé père de la médecine, en prescrivait comme agent purificateur, pour notamment régler les problèmes pulmonaires, pendant que les athlètes grecs l’utilisaient aux Olympiques pour améliorer leurs performances, prouvant que ce genre de tricherie ne date vraiment pas d’hier.
  • Du côté des Romains, le célèbre naturaliste Pline l’Ancien le recommandait pour les troubles gastro-intestinaux, les morsures d’animaux, les maladies articulaires et les convulsions, ce qui démontre du même coup que la vie à Rome pouvait être assez rock’n’roll merci.
  • En Orient — en Chine et au Japon plus précisément —, on utilisait plus les gousses d’ail pour contrer la diarrhée et se débarrasser de vers solitaires, ce qui, honnêtement, soulève une tonne de questions sur la cuisine asiatique antique.
  • Et finalement, en Inde, un traité médical datant de la période védique au nom de pop-star — Charaka Samhita — recommande de prendre de l’ail pour les maladies du coeur et l’arthrite.Donc, on ne se trompe vraiment pas quand on affirme que l’ail est carrément considéré comme un aliment magique. Surtout en Roumanie. Et plus particulièrement en… Transylvanie.

2. Pourquoi les vampires n'aiment pas l'ail 

Ce mythe que l’ail repousse les vampires est sans doute basé sur le fait que son odeur est aussi capable de repousser les gens — on a juste poussé le phénomène plus loin, vers le surnaturel. Mais vous ne serez pas surpris d’apprendre que pour la légende de Dracula et des pouvoirs surnaturels de l’ail, l’auteur du fameux roman, Bram Stoker, n’a vraiment rien inventé.

En ce qui concerne notre conte sanguinaire préféré, le beau Bram a basé son roman sur l’histoire de Vlad Dracul, un noble de la région de Valachie, au sud de la Transylvanie en Roumaine, qui a régné dans les années 1450 et qui avait le surnom sympathique de « Vlad l’Empaleur » (hélas, ce n’est pas parce qu’il était habile avec la fourchette…).

Parallèlement, il faut savoir aussi qu’en Roumanie, l’ail occupe historiquement une place de choix dans la cuisine, mais aussi dans la lutte aux mauvais esprits du nom de « strigoi », qu’on soupçonnait de sucer le lait des mères et des vaches. (Stoker a quand même eu la brillante idée de changer cet aspect dans son roman pour leur faire sucer du sang, sinon les vampires auraient passé leur temps dans le frigo à vider des pintes de lait.)

Bref, grâce à des pratiques transmises de génération en génération, l’ail est donc censé protéger les Roumains et les maisons des mauvais esprits, ainsi que guérir des maladies telles que le rhume et la toux. Cela explique pourquoi les paysans roumains ont longtemps protégé leur bétail en enduisant leurs cornes d’ail. Et pourquoi le plat préféré de Nadia Comaneci est une trempette d’aubergines remplie… d’ail.

3. L'ail est vraiment - mais VRAIMENT - bon pour vous 

En examinant la multitude de bienfaits qu’il génère, il appert que les Roumains — et tous les peuples de la Terre, en fait — avaient raison au sujet de l’ail. Effectivement, l’ail est plus qu’un aliment aromatique et délicieux, il est carrément une mini-bombe remplie de bonnes choses, une pharmacie dans la paume de votre main. Sérieusement :

  • Côté vitamines, il passe presque à travers l’alphabète au complet : il est très riche en vitamine B6 qui aide le métabolisme et le système immunitaire. Il apporte également d’autres vitamines du groupe B (mais pas la B12, absente des végétaux) et de la vitamine C. Il contient aussi du bêta-carotène (provitamine A), de la vitamine K et de la vitamine E antioxydante (tocophérols).
  • L’ail contient de l’alliine, une composante sulfurée au nom qui rappelle étrangement une certaine tante lointaine hirsute et haïssable. Mais cette molécule inodore a des pouvoirs insoupçonnés une fois broyée, écrasée ou hachée : elle se mélange à un enzyme pour se transformer en allicine, qui est notamment responsable de l’haleine de poney associée à l’ail. Mais ce n’est pas tout. L’allicine poursuit ensuite sa transformation (on vous épargne les détails) pour finalement créer des molécules qui nous aident à lutter contre le cancer et prévenir les maladies du coeur.
  • Comme si ce n’était pas assez, l’ail contient aussi des saponines, qui aident à réduire le cholestérol sanguin.

4. La science confirme ses bienfaits 

On le sait : ce n’est pas parce qu’on affiche une liste impressionnante d’éléments que le succès est garanti, sinon les Maple Leafs gagneraient en séries et le film Cats aurait été à tout le moins regardable. Mais justement, dans le cas de l’ail, l’union semble définitivement faire la force, puisque la science nous confirme ses bienfaits (si vous croyez toujours en la science ces temps-ci, il va de soi) :

  • Lors d’une étude réalisée en Chine entre 2003 et 2010, on a clairement constaté que la consommation d’ail cru pouvait aider à prévenir ou ralentir le cancer du poumon — et pas à peu près. Les personnes qui mangeaient de l’ail cru au moins deux fois par semaine au cours des sept années de l’étude avaient 44 % moins de risque de développer un cancer du poumon. Oui. 44 %.
  • Dans une autre étude, des chercheurs de l’Université médicale de la Caroline du Sud ont identifié trois composés à base de soufre dans l’ail — ceux qui font justement souffrir nos haleines — comme étant efficaces pour détruire des cellules de tumeurs cérébrales.
  • Toujours dans le même registre, en 2012, des chercheurs de l’Université de l’État de Washington ont découvert qu’un composé de l’ail était 100 fois plus efficace que deux antibiotiques connus pour combattre une bactérie courante qui cause des maladies intestinales. 100. FOIS.
  • Encore en Chine, des médecins ont regroupé et analysé des études publiées jusqu’en mai 2013 concernant l’ail et le cancer de la prostate et sont venus à la conclusion suivante : « Les légumes de la famille Allium, en particulier la consommation d’ail, sont liés à une diminution du risque de cancer de la prostate. »

Et comme si ce n’était pas assez, une panoplie d’études récentes démontrent que l’ail aiderait aussi à réduire la pression artérielle, le cholestérol et l’inflammation.

Morale de l’histoire : manger de l’ail. Partout. Et tout le temps. Mais de grâce, assurez-vous de manger celui du Québec.

Car il n’y a vraiment aucune raison valable de manger autre chose que de l’ail d’ici. Surtout quand on sait que celui de Chine, qui envahit nos supermarchés, est préparé et nettoyé par… des prisonniers.

5. Le conseils de notre chef Patrice Gosselin

Oui, vous pouvez toujours le gober tout rond pour déterminer qui sont vos vrais amis. Mais avant d’en arriver là, notre chef Patrice Gosselin vous propose quelques trucs et conseils pour mieux gérer vos gousses.

Au frais, mais pas trop : Primo, il faut toujours garder l’ail dans un endroit frais et sec. Mais le frigo n’est vraiment pas idéal. On peut aussi le garder sous son oreiller si on ne veut pas être dérangé durant notre sommeil. Genre.

Plus fin, plus puissant : Le goût de l’ail est inversement proportionnel à sa taille : plus il est haché finement, plus il est puissant. C’est mathématique. Enfin, presque.

En tranches : Personnellement, j’aime le couper en fines tranches et les dorer légèrement avant de les mélanger avec le reste de mes préparations. Cela donne un crunch savoureux.

Attention à sa cuisson : Je sais que vous le savez déjà, mais je le répète : ne jamais faire noircir votre ail. Quand il devient orange foncé, il est carrément indigeste — un peu comme un ancien président.

La fleur d’ail dans les vinaigrettes : Je n’utilise jamais d’ail dans une vinaigrette. Son goût est trop fort et il augmente en puissance avec le temps. Si vous tenez absolument à avoir le goût de l’ail dans votre vinaigrette, optez plutôt pour de la fleur d’ail.

Germer ou ne pas germer : Il est toujours préférable de retirer le germe à l’intérieur de la gousse, car c’est un signe que l’ail n’est pas vraiment frais. De plus, certains affirment que cette minuscule repousse peut causer des indigestions ou vous procurer une haleine de poney, mais honnêtement, tout ça est un peu exagéré.

Textes et recherches : Stephane Banfi 
(Publié le 10/4/20)